Responsabilité de l’Etat et des départements et critique du clientélisme

Coucou les amis,

Ca fait un moment que je vous ai pas donné de nouvelles et pour cause, entre la fin de la campagne, l’installation du conseil municipal et de celui de la métropole et mon déménagement, ça a été compliqué ces derniers temps.

En plus le déménageur n’a pas fait son boulot correctement et je suis encore en train d’essayer de retrouver mes affaires. J’ai déménagé du Mirail au grand selve pour avoir enfin un logement aux normes d’accessibilité. C’est à grand regret que j’ai quitté le Mirail où j’avais toutes mes solidarités mais pour avoir un logement accessible, pourtant demandé depuis plus de 3 ans, ça reste la croix et la bannière à Toulouse.

Et pour tout arranger, j’ai continué à subir les dysfonctionnements et la maltraitance de mon service d’aide et d’accompagnement à domicile, l’association Solidarité familiale. Et en plus, c’est eux maintenant qui m’accusent de maltraitance envers leurs salariés et qui trouvent bizarrement une oreille attentive auprès du département de la Haute Garonne.

C’est pourquoi je vais vous parler de maltraitance institutionnelle dans les services d’aide à domicile, de la responsabilité de l’Etat et des départements et faire une critique du clientélisme dans ce domaine.

La maltraitance institutionnelle se définit comme étant une situation nuisible aux personnes accueillies en établissement ou accompagnées par un service, qui résulte d’une cause liée à l’organisation ou au fonctionnement de l’établissement :

« « […] l’idée de maltraitance institutionnelle [qui] exprime l’existence de facteurs de non qualité de l’accompagnement qui ont des conséquences péjoratives pour les personnes accueillies ; […] » »

Cette définition correspond à l’idée selon laquelle :

« […] il existe une violence institutionnelle, car aucune institution n’est spontanément « bien-traitante » »

Marie-Thérèse Boisseau5

La maltraitance institutionnelle n’est donc pas nécessairement celle qui peut être imputable aux professionnels du fait de leur comportement fautif, elle n’est institutionnelle que dans la mesure où elle est la concrétisation d’un dysfonctionnement de l’établissement ou du service. De ce point de vue, la maltraitance institutionnelle est la conséquence pratique de l’exercice d’un biopouvoir par l’institution, au sens que Michel Foucault donnait à ces mots. Ces dysfonctionnements peuvent avoir des causes internes à l’établissement ou service mais ils peuvent également résulter d’une influence externe, par exemple d’une insuffisance de tarification par l’autorité administrative compétente qui aurait pour effet d’empêcher de réaliser des investissements, des travaux ou des opérations de maintenance nécessaires, l’acquisition d’équipements, le recrutement et la formation adéquats du personnel ou encore le style de management : https://fr.wikipedia.org/wiki/Maltraitance_des_personnes_handicap%C3%A9es#cite_note-14

Le clientélisme politique, comme le définit Anticor, repose sur un échange entre le « client » et l’élu pouvant être résumés de la manière suivante: c’est l’idée d’un pacte s’inscrivant dans la durée avec, d’un côté, un apport de voix et parfois une aide militante et, de l’autre, un emploi, un service ou encore une subvention à une association. https://fr.wikipedia.org/wiki/Client%C3%A9lisme

Ces services, on appelle ça des SAAD (service d’aide et d’accompagnement à domicile), et ils sont censés, en tout cas le mien, être spécialisés auprès des personnes en situation de handicap et personnes âgées.

Pour les personnes en situation de handicap, c’est la PCH (prestation de compensation du handicap) qui est censée financer ces services, et ce sont les MDPH qui nous accordent un nombre d’heures mensuelles en fonction de nos besoins en matière d’actes dits « essentiels » et de « surveillance », dans la réalité même si la loi prévoyait la compensation intégrale des handicaps sans reste à charge financier pour les personnes concernées, la réalité, c’est que les textes réglementaires ont organisé à minima uniquement la survie et qu’ils ont contribué à organiser la maltraitance institutionnelle pour les salariés et pour les personnes accompagnées.

Le tarif de la PCH en mode prestataire, c’est-à-dire en passant par un service, a vu son tarif évoluer de 20 centimes en 13 ans. Les salaires ont beau être minables dans le secteur, ils ont été davantage augmentés vous vous en doutez.

Certains services sont tarifés par les départements qui ont la charge de la gestion de cette prestation, c’est-à-dire que le département peut convenir d’un tarif supérieur avec certains services qu’il choisit de manière discrétionnaire, et les tarifs peuvent rester à 17,77e / heure ou aller jusqu’à 30 € de l’heure, vous imaginez bien qu’on n’assure pas le même service suivant le niveau de tarification du service en question.

Les salariés qui sont censés être formés le sont rarement et font souvent fonction de, quand ils n’ont pas été obligés de travailler dans ce secteur par Pole Emploi alors qu’ils n’ont aucun intérêt ou aucune connaissance pour les personnes qu’ils sont censés accompagner. Alors que nous aurions au contraire besoin de personnes réellement motivées par ce type de métier, qui soient bien traitées et formées.

Depuis 2006, l’Etat s’est progressivement désengagé du financement de la PCH, et les départements mettent la pression à leurs équipes pour accorder le moins de prestations possibles, entrainant davantage de situations inadmissibles. Les services et les conseils départementaux fonctionnent souvent sur la base du clientélisme, le service ne dénonce pas les situations de maltraitance qu’il génère souvent par manque de moyen mais aussi par manque de compétences, et les départements se gardent bien d’aller examiner de trop près le fonctionnement et les conséquences pour les usagers.

Quant aux usagers, une majorité a très peur de dénoncer ce qu’il se passe, et beaucoup accepte la valse des intervenants, différents chaque jour, des horaires qui peuvent amener à être levés à 9h et couchés à 17h, des gens non formés qui font tomber des personnes pendant leur transfert, des vols, des insultes ou simplement du « jemenfoutisme ».

L’été dernier, je dénonçais déjà Solidarité Familiale après le décès de mon ami Nadine. Une jeune femme (de mon âge) malade du SIDA, sous dialyse, bipolaire et usée par la vie. La veille de son décès quand je l’ai vue pour la dernière fois, elle n’avait plus littéralement que la peau sur les os, complètement dénutrie, après avoir été abandonnée de fait par son service d’aide à domicile.

Depuis 2 ans nous nous battions pour qu’elle ait toujours les mêmes auxiliaires de vie et pour que ces personnes soient capables de lui redonner l’appétit en lui préparant les plats qu’elle aimait, en prenant le temps de l’inciter à manger et de l’accompagner pour cela mais aussi en la faisant sortir de chez elle pour ne pas la laisser s’enfermer dans sa dépression. Parfois, pendant quelques semaines, elle avait une personne qui tenait  la route et elle me contactait toute fière pour me  dire « j’ai repris du poids ». Mais la majeure partie du temps, elle avait affaire à des filles ni formées

ni sensibilisées à ses difficultés qui se contentaient de lui dire « vous voulez manger quoi ? » et à qui elle répondait « j’ai pas faim », trop fatiguée pour se lancer dans une conversation sur le sujet.

En ce qui me concerne, j’ai besoin d’aide pour la toilette, pour l’habillage, pour la découpe des aliments par rapport à mes handicaps physiques, mais je suis aussi Asperger, et j’ai besoin même si c’est difficile d’en parler, d’être stimulée et que l’on m’aide à gérer mon quotidien du fait de mes troubles cognitifs.

J’aurais aimé ne pas avoir à parler de mes différences, de mes fragilités, que beaucoup ne soupçonnent pas, ne retenant que l’image de ma combativité. Mais pour me battre, j’ai besoin que mon lieu de vie et que mon quotidien soient très organisés et cadrés et que je me sente bien chez moi, en sécurité et accompagnée.

Encore faut-il que les responsables de l’association aient pris la peine de s’intéresser et de se former à tous les handicaps et que les intervenants le soient aussi.

Pour toute personne, quelque soit le type de handicap, il est extrêmement difficile d’accepter dans son intimité, dans son quotidien, d’avoir régulièrement des personnes nouvelles. Alors quand en plus vous êtes Asperger, ça devient invivable. Et cela constitue donc en soi, une maltraitance institutionnelle. En face de ça les services raisonnent sur des bases essentiellement économiques et courtermistes. Leur politique se limite à caser des personnels dans un agenda face à des personnes, sans aucune réflexion sur les besoins des uns et les capacités des autres. Les associations finissent par se confronter à un manque de personnel car ce ne sont pas seulement les personnes accompagnées, mais aussi les professionnels qui courent de droite et de gauche et subissent souvent la colère des usagers qui n’en peuvent plus d’être maltraités.

En Haute Garonne, je dénonce la situation depuis des années mais le conseil départemental refuse d’agir tout en prétendant depuis 2 ans, travailler sur la question. Comment osent-ils laisser perdurer un seul jour de plus cette maltraitance en jouant sur le fait que nombre d’usagers ont peur de parler et de perdre le peu d’aide qu’ils ont ?

En plus, en période de CoVid, quand on est une personne avec des maladies invalidantes, des problèmes cardiaques et respiratoires comme moi, on redoute de plus en plus les nouveaux intervenants qui comme ces dernières semaines, arrivent avec un masque porté visiblement depuis plusieurs semaines d’affilées, porté sous le nez, et que l’intervenante tripote allègrement tout en vous expliquant qu’elle maitrise parfaitement la situation.

Alors effectivement dans ces cas-là, mes réactions liées à la peur et à la colère, peuvent m’amener à mon tour à être « maltraitante ».

J’ai pourtant prévenu de longue date ce service qu’ils ne doivent pas m’envoyer de personnes nouvelles sans qu’elles soient intervenues en doublon avec l’une de mes intervenantes habituelles. Même si c’est pénible pour moi, j’ai accepté d’avoir 4 intervenantes de façon à ce qu’elles puissent se relayer car il faut bien leur permettre de travailler dans de bonnes conditions. Hélas, le service n’anticipe rien, ne remplace pas les filles qui sont parties, dont certaines qui faisaient un travail de qualité mais qu’ils n’ont pas gardées, alors qu’ils gardent des personnes peu sérieuses.

Pendant la campagne, j’ai subi plusieurs matinées de suite des oublis ou des personnes nouvelles sans être prévenue. Plusieurs fois à cause de l’absence d’intervenants je n’ai pu être habillée et sortie de chez moi que dans l’après-midi, m’empêchant de mener mes activités et de mener campagne.

Le fait que le Parti Socialiste nous ait rejoint pour le deuxième tour des municipales m’a amené à préférer le dialogue direct avec les élus pour que le service soit rappelé à l’ordre, plutôt que de les

interpeler publiquement comme j’en ai l’habitude. Hélas, même avec leurs nouveaux partenaires, les gens du PS sont encore ancrés dans une vision fonctionnaliste, biomédicale, validiste et discriminante des personnes en situation de handicap. Les logiques économiques priment toujours sur l’humain, quoi qu’ils en disent.

Il est vrai que si j’acceptais que les progrès ne concernent que ma personne, ce serait bien plus simple pour eux et pour moi, mais je ne pourrais pas me regarder dans la glace si je fonctionnais comme eux.

Résultat, le département continue à laisser la maltraitance institutionnelle être la ligne directrice du fonctionnement des services, à ne pas remettre en cause les consignes d’économie de la CNSA et à ne pas se battre pour que l’Etat assure sa part de la facture.

Les usagers étant de fait une variable d’ajustement des politiques publiques.

Et maintenant le service me vire à compter du 25 septembre car je suis trop critique, me demandant de m’adresser à un autre service d’ici là. Or la situation est la même quasiment dans tous les services qui sont tarifés avec le département. Les services indépendants m’obligeraient à payer un reste à charge de plusieurs centaines d’euros par mois, ce qui n’est pas possible.

Alors que le département est au courant de toutes les situations de maltraitance qui dépassent largement ma situation et celle de mon amie décédée Nadine, et que les services des maisons de solidarité ne sont jamais intervenus sur ces affaires, je suis maintenant contactée par ces mêmes services qui s’inquiètent de la maltraitance supposée que je fais subir au personnel. Il est d’ailleurs étonnant que je continue à conserver des personnes qui travaillent pour moi depuis des années si c’était le cas.

Le problème, c’est que pour ces gens là, il est préférable de s’attaquer à la lanceuse d’alerte, au risque de la faire craquer, plutôt que de s’assurer que les services mandatés par le département accomplissent leur mission dans des conditions bienveillantes et bien traitantes vis-à-vis des usagers et des personnels.

Pour une personne comme moi qui parle, il y en a des milliers d’autres qui ne sont pas entendues et bien plus encore, qui se taisent et qui ont peur. Donc je vous invite à partager mon témoignage mais aussi les hashtags :

#ViolenceInstitutionnelle #Validisme #StopMaltraitanceHandicap @GeorgesMeric @SebVincini @vgibert @UNAdomicile

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